Les événements de Tunisie et d’Égypte nourrissent le débat sur le rôle des médias sociaux en matière d’activisme politique. Il ne s’agit plus de savoir si twitter et facebook sont utilisés, mais plutôt de savoir qu’est ce que ces médias apportent aux acteurs de ces révolutions ? Qu’est ce que ces outils ne permettent pas de faire ?

Ce que les médias sociaux ne font pas

Le travail sur le terrain : le terme de « révolution twitter » ne rend pas assez hommage à ceux qui organisent et mènent les actions dans les rues des villes. Les médias sociaux n’ont pas causé ces événements; la pauvreté, le chômage, la corruption, le mépris des droits de l’homme sont les causes. Les médias sociaux servent de caisses de résonance à l’expression du ras le bol.

N’être utile qu’aux forces bien intentionnées : les forces des gouvernements autoritaires exploitent les outils du web pour surveiller, contrôler et intimider leurs opposants (voir l’article de Fabrice Epelboin sur l’utilisation de facebook par la police du gouvernement Ben Ali). Les utilisateurs doivent être au fait des technologies qui leur permettent de garantir leur anonymat et les informations sur leur position.

Ce que les médias sociaux permettent de faire

Organiser l’action collective des individus et des groupes. Le fait de pouvoir diffuser des informations en temps réel permet de mobiliser les individus en amont d’un événement, de les appeler mobiliser pour l’événement, de coordonner le déclenchement des mouvements, d’informer sur le nombre de participants, d’informer au fur et à mesure ceux qui sont attentifs en ligne au déroulement des événements. Les pages des hashtag #Jan25 et #Egypt sont ainsi devenues des sources majeures pour obtenir des contacts, des témoignages et des informations de la part de ceux qui sont sur place pour les médias étrangers et les internautes intéréssés.

Souligner que la liberté d’expression et l’accès à internet deviennent synonyme et sont des libertés fondamentales. La tentative de rupture d’accès à internet par le gouvernement égyptien a illustré le déséquilibre du rapport de force en matière d’utilisation des médias sociaux : les pouvoirs en place n’ont pas suffisamment de force digitale pour lutter sur ces territoires que s’approprient les activistes.

L’accès aux sources et la circulation de l’information sont une condition du traitement et du suivi des événements par les médias et les médias sociaux. Les médias dépendant de plus en plus des médias sociaux pour produire l’information, leur voix doit s’ajouter à celle des opposants pour dénoncer les atteintes à la liberté d’expression.

La tentative de contrôle d’internet par le gouvernement a échoué : la connection a toujours été maintenue, de nombreuses bonnes volontés se sont proposées pour aider et de nombreuses activités économiques ont du s’interrompre.

Réduire la distance entre les acteurs des événements et ceux qui les écoutent sur les médias sociaux. Les chiffres et les statistiques devraient toujours illustrer un récit personnel fait d’émotions. L’émotion est d’autant plus flagrante dans un récit en temps réel. Celui d’Ali Seif (@BloggerSeif) qui trouve un enfant de 2 ans, seul, sur la place Tahrir a fait couler beaucoup d’encre. La possibilité d’échanger directement avec ceux qui font et assistent aux événements créé une plus grande proximité, une plus grande attention et une plus grande « participation » à ce qui a lieu.

Garantir l’accès à des informations pratiques : emplacement des points de contrôle, chemins de sortis, besoins en soins, systèmes mis en place pour contourner la censure. Par exemple, Speak2Tweet a été mis en place par google et twitter pour permettre aux utilisateurs d’émettre des tweets en laissant un message sur une boite vocale. Dés le début des manifestations, les réseaux des résidents du Caire se sont manifestés pour proposer leur aide. La décision du gouvernement d’accroitre la pression sur les journalistes n’a pas dissuadé les utilisateurs des médias sociaux de documenter un maximum les événements pour permettre aux médias de faire leur travail.

Ecrire l’histoire relatée dans les médias. C’est grâce aux médias sociaux que des témoignages de manifestants payés par le régime ont circulé. Ces révélations ont fait évoluer les mots employés par les médias : passant de « partisans de Moubarak » à « casseurs » ou « gangs ».

Les médias sociaux ne sont pas la source des événements politiques qui animent l’Egypte. Par contre, ils augmentent ces événements en leur apportant, au moment de l’événement, des capacités de diffusion, de créations de liens, de mémorisation et de captation de l’attention. Avant, aucun mouvement politique ne disposait d’autant de moyens pour servir sa cause.

Les révolutions, comme tous les faits majeurs, s’écrivent désormais sur internet, les téléphones mobiles et les médias sociaux. Qu’en pensez-vous ? Quels sont les usages que vous avez pu observer ?

Source

Similar Posts: