Internet a mis à la portée de chacun des capacités peu couteuses de production et de diffusion d’informations. Il est aujourd’hui possible de rendre accessible à un grand nombre un article, une photo ou une vidéo publiée en ligne.

Dans le sillon de cette disparition des barrières à l’entrée, de nombreux acteurs sont devenus producteurs et distributeurs d’informations en ligne : les institutions, les entreprises, les associations, les partis politiques, mais aussi et surtout les particuliers, les individus et les citoyens (qui sont beaucoup plus nombreux!). Alors, sommes-nous tous en train de :

Extrait de la couverture du livre
d’Olivier Blondeau et Laurence Allard

Un nouvel écosystème de l’information

Les anciens intermédiaires de l’information (agence de presse et médias) ont perdu leur monopole, ils ne sont plus des passages obligés pour accéder aux publics. Dans le même temps, de nouveaux intermédiaires ont émergé et les échanges directs entre internautes ont explosé. Toute organisation peut désormais créer et animer beaucoup plus de relations directes avec ses publics, si tant est qu’elle passe du temps sur internet.

Avec la généralisation du haut débit, des téléphones reliés à internet et des réseaux sociaux, les internautes accordent de plus en plus d’attention à leur réseaux de proches et aux informations et divertissements qui animent ces réseaux. Ces internautes améliorent leur culture du web, ils développent de nouveaux usages et participent de plus en plus à la circulation et à la production de l’information.

Les barrières entre producteurs / diffuseurs / consommateurs sont de plus en plus floues.

Du web vitrine au web social

Le web des années 2000 était fait d’une collection de sites peu mis à jour, d’échanges interpersonnels privés par email et de discussions publiques sur les forums. Pour consulter l’information, le moyen d’accès par excellence est le moteur de recherche. Le web des années 2010 s’est enrichi :

  • De flux croissants d’informations et d’une augmentation du nombre de données disponibles,
  • D’une vague de conversation publiques par l’intermédiaire des blogs et de la fonction commentaire disponible à la suite des articles de médias,
  • D’une explosion des échanges entre internautes sur les réseaux sociaux,
  • D’un accès à l’information par le filtre des réseaux sociaux des utilisateurs,

Dans le même temps :

  • Les formats des textes se sont raccourcis (adaptation aux difficultés de la lecture à l’écran et à l’impatience des lecteurs),
  • Les textes n’existent quasiment plus sans illustrations,
  • La consommation de vidéos est devenue phénoménale (le moteur de recherche de Youtube est le second moteur de recherche le plus utilisé aux Etats Unis),
  • La circulation de l’information est co-produite avec les publics,
  • Certains publics s’approprient, reformulent, commentent et reagencent les informations qui les intéressent,

Quelques questions à se poser pour adapter vos contenus

  • Ce qui est publié en .pdf en formats longs, devrait être rendu disponible .html, plus court et plus visuel, avec une division du document en plusieurs parties et des liens proposés vers les autres parties et d’autres pages du site offrant des compléments d’information. Pour deux raisons :
    • En terme de référencement, il est plus intéressant de publier en .html qu’en .pdf.
    • Côté lecteur, certains ne s’intéressent qu’à une partie de votre publication, proposez leur un accés direct.
  • Toutes les productions imprimées ont-elles un pendant web ?
  • Avez-vous déja cherché/trouvé des pages de votre site sur Google sans chercher le nom de votre association ?
  • Savez-vous que lorsque vous écrivez pour une diffusion sur internet, la lecture de vos contenus par les moteurs de recherche détermine la lecture de vos contenus par des internautes ?
  • Qui au sein de l’association aime écrire ? Qui photographie ? Qui fait de la vidéo et du montage ? Qui pouvez-vous former pour prendre en charge certaines productions ? Comment votre recrutement peut-il s’adapter à ce besoin en capacités d’écriture ?
  • L’animation des médias sociaux s’accommode de la répétition : un même article, ou une étude peut faire l’objet de différents titres, vous pouvez en extraire différentes citations ou chiffres. N’hésitez pas à varier les points d’entrées vers les contenus que vous valorisez. N’hésitez pas à utiliser plusieurs fois une même production, en la remixant ou en utilisant différents canaux.
  • Quelles sont les usages que vous observez sur les médias sociaux ? Dans quelle mesure vos publics sont-ils susceptibles de participer à votre production d’information ?
  • La chaîne de remontée d’information depuis le terrain jusqu’aux donateurs est elle structurée autour d’outils et d’usages web ? Comment ces outils pourraient-ils intervenir pour faciliter et améliorer cette remontée d’informations ?

Crédit image.

Une méthode pour devenir média ?

Pour que les petites structures s’organisent pour produire de l’information de manière autonome, voici quelques idées sur les démarches à suivre :

  • Mettre en place une veille permettant d’écouter et d’identifier les supports et les internautes qui traitent de domaines similaires ou proches de ceux de l’association,
  • Organiser une remontée de témoignages des bénéficiares, des membres et des sympatisants de l’association,
  • Organiser une collecte de données et de faits extraits des lectures des membres de l’association, des événements organisés, des résultats des actions terrain, des échanges menés à l’occasion de rencontres,
  • Identifier et confier un travail d’écriture texte, photo, audio et vidéo à une ou plusieurs personnes de l’association, à des personnes sur le terrain, formez vos équipes à la manipulation de ces outils d’écriture,
  • Annoncer votre présence à un événement, rendez compte des propos entendus, proposez les à ceux qui pourraient s’y intéresser,
  • Identifier les contenus produits par l’association qui ne sont pas rendus publics, mais qui ne sont pas non plus confidentiels et qui pourraient trouver des intéréssés sur le web,
  • Prendre position sur les pages de médias sociaux ou vous préssentez que vous pourriez trouver des oreilles attentives,
  • Penser vos productions comme des éléments facilement réutilisables par vos publics, journalistes compris,
  • Participer aux conversations qui vous concernent sur les pages web qui ne sont pas celles de votre association,
  • Proposer aux parties prennantes de l’association, à ses proches, de réagir aux articles,
  • Etre capable de reconnaitre ses erreurs, de partager des expériences négatives, de répondre aux critiques et d’être authentique : en gros, ne pas faire de la communication ! Car si les associations bénéficient d’un a priori positif, cet a priori se retourne d’autant plus violemment en cas de controverse ou de polémique.

So what ?

Notre culture technique rend possible la multiplication de médias spécialisés. Avec cette atomisation du paysage de l’information et la disparition des frontières entre producteur et consommateur, la diffusion des messages s’appuie de plus en plus sur les réseaux d’internautes et leurs interactions en ligne. Ce contexte offre de nouvelles opportunités de prise de parole. Les acteurs qui mènent des actions de sensibilisation, qui rendent compte de l’impact de leurs activités ou qui travaillent à faire évoluer les lois peuvent imaginer de nouvelles façons de procéder. C’est également un contexte intéressant pour l’étude et l’écoute de la manière dont une activité, une marque ou un argumentaire sont perçus.

Aussi, le contexte économique est propice à la multiplication de voix indépendantes. Une partie des médias souffre d’une situation économique sous dépendance de leurs actionnaires ou des aides d’Etat. Ne jouant pas toujours en faveur des intérêts de la société civile, les médias n’offrent pas une valorisation suffisante du  travail réalisé par les associations. Cette situation est frustrante et incite les associations à trouver de nouvelles voies et à repenser leurs activités dans ce nouveau contexte.

Enfin, le politique semble marqué par une crise de la séparation des pouvoirs, une critique de l’indépendance des médias dominants et une crise de la représentation de l’opinion publique mondiale. Sur ces trois points, la société civile et ses représentants jouent un rôle de plus en plus important et se doivent de tirer parti des nouvelles dynamiques des technologies de connections sociales pour faire entendre leur voix.

Et vous, vous sentez-vous happés par un devenir média ?

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