Starting block est une association d’étudiants et de jeunes professionnels qui organise deux fois par an un WEF : un Week End de Formation. L’idée de ce WEF est de réunir des étudiants sur deux jours pour stimuler une réflexion sur l’engagement citoyen, la solidarité et les actions que les membres des associations mènent. Avec les rencontres que cela génère évidement.

Il y a deux ans, dans le cadre de mon travail d’animation sur la plateforme de blogs Solidaires du monde, j’ai rencontré Jérôme Martin, animateur au sein d’une association d’éducation au développement. Nous avons fait connaissance et nous avons échangé sur l’utilité d’un blog pour écrire et documenter la pratique d’animateur de Jérôme (ce lien renvoie vers une interview que nous avons fait ensemble).

Deux ans après, Jérôme est devenu le blogueur francophone le plus actif sur le thème de l’éducation au développement.

Le lien avec Starting block, Jérôme l’a fait en me proposant d’intervenir en mars 2010 sur les nouveaux médias au service des associations et de leurs projets. Hier, c’était la troisième fois que nous faisions cet atelier (pour un compte rendu de la deuxième session par Jérôme : Blogs, jeux vidéos et webdocumentaires, de nouveaux outils pour enseigner le développement durable et la citoyenneté internationale?), avec un changement d’heure et un début de session à 9h30, un dimanche 😉

Nous avons choisi médiarévolution comme titre. L’idée était de montrer ce que le web apporte de nouveau dans le paysage de l’information, comment les associations peuvent profiter des nouveaux outils et usages développés sur internet, en passant par ce que le web apporte comme vecteur du changement social, avec l’exemple des récentes révolutions arabes.

Les attentes des étudiants

Jérôme a commencé par demander à chacun de présenter ses attentes concernant l’atelier. Voici une petite sélection de ce que j’ai entendu :

  • En savoir plus sur les enjeux des nouveaux médias pour les associations
  • Disposer d’une méthodologie d’analyse des médias et des nouveaux médias
  • Les impacts des réseaux sociaux dans différentes sociétés et cultures
  • L’utilisation de facebook pour accroitre la participation des jeunes aux activités associatives
  • La gestion de projets en ligne
  • Comment obtenir plus de visibilité pour son association ?
  • Compte tenu de la quantité et du rythme, comment ne pas tomber dans la consommation d’information ?
  • Comment développer des usages militants en matière de logiciel libre ?
  • En quoi internet est-il devenu un acteur de l’éducation au développement ?
  • Comment mieux utiliser les réseaux sociaux ?
  • Quelle gestion des droits d’auteur et comment protéger ses données personnelles ?
  • La problématique de la transparence et l’impact d’internet sur la politique.
  • Comment toucher d’autres publics que les jeunes via internet ?
  • Comment chercher et trouver de l’information pertinente ?
  • Quid des réseaux alternatifs aux grands acteurs commerciaux dominants ?

Et j’en oublie !

D’accord / Pas d’accord

Ensuite, Jérôme a animé un jeu de positionnement. L’idée est de présenter une série d’affirmations et de demander aux participants de prendre partie pour ou contre l’affirmation. Une fois positionnés, les participants se concertent et argumentent pour défendre leur position. Ensuite, les deux camps échangent leurs arguments et les participants sont libres de rejoindre l’autre camp.

Voici les affirmations sélectionnées hier :

  • Les réseaux sociaux ouvrent sur le monde mais ferment sur le voisin
  • Facebook, c’est du voyeurisme
  • L’open source, c’est pour les geeks
  • Internet met en péril les autres médias

Chaque fois les groupes étaient assez équilibrés. La deuxième affirmation a entrainé les débats les plus vifs. Les arguments critiques étaient nombreux. Ces arguments décalaient souvent la problématique sur les outils plutôt que sur les usages que nous en faisons.

Ensuite, j’ai fait une présentation dont je rends compte ici.

Contexte

Les médias traditionnels de presse écrite d’information connaissent une crise structurelle depuis plusieurs années. Dans le même temps, Internet a créé un espace pour des milliers de nouveaux médias et de nouveaux passages obligés de l’information qui captent les revenus publicitaires (google, msn, facebook).

Les coûts de production et de distribution de l’information baissent. Il y a plus de sources, plus de producteurs (potentiellement tout destinataire de l’information est aussi producteur) des nouveaux intermédiaires et des nouvelles relations entre ces acteurs qui font évoluer les paysage de l’information.

Les individus exploitent ces nouveaux moyens d’expression avec  plus de facilité que les entreprises, les institutions ou les associations qui s’interrogent sur leur production d’information et les règles de leurs participation aux médias sociaux.

Dans quelle mesure internet et l’usage des médias sociaux entraine une réorganisation de la manière de travailler ?

Cette question, les associations se la posent aujourd’hui. Voici quelques éléments de réponse.

Les moteurs de recherche

Si l’objectif est d’obtenir de la visibilité pour vos actions sur internet. Il faut commencer par les moteurs de recherche. En effet, ces moteurs constituent la principale source de visites d’un site. Cette affirmation est de moins en moins pertinente avec l’arrivée de facebook et twitter dans le top 20 des audiences et du temps passé sur le web (source : Alexa).

Le succès de google repose sur son modèle économique. Google vend des espaces publicitaires dans ses résultats de recherche. Sur certaines requêtes, des annonceurs payent pour être présents en haut des résultats, sur un fond légèrement coloré accompagné d’une discrète mention lien publicitaire.

L’autre succès de google, c’est la pertinence des résultats naturels qu’il affiche. Ces résultats naturels ne sont pas obtenus en payant google mais plutôt en travaillant de manière régulière sur les contenus d’un site, en offrant de l’information pertinente pour les lecteurs et en étant régulièrement cité par d’autres sites également considérés comme pertinents.

Pour apparaitre dans les premiers résultats de google, l’antériorité, l’originalité, la pertinence et la régularité sont des clés. Cela suppose nécessairement de s’interroger sur les mots clés, puisque ce sont ces mots clés qui font le lien entre la recherche d’information d’un internaute et la réponse qu’un site est susceptible de lui proposer.

Les mots clés

Tout éditeur d’information sur internet devrait commencer par se poser cette question : quels sont les mots et les phrases clés qu’un internaute pourrait utiliser et qui ferait que cet internaute trouve sur mon site des réponses à ses questions ? Quels sont les mots, les phrases et le champ sémantique qui devraient guider un internaute vers les pages de mon site ? Quels sont les mots clés qui génèrent actuellement des visites sur mon site et ces mots clés sont-ils en adéquation avec le champ sémantique de mon activité ?

Définissez le champ sémantique de votre activité en prenant une feuille et en écrivant tous les mots qui qualifient/définissent/caractérisent ce que vous faites, où vous le faites, avec qui vous le faites, pourquoi vous le faites, et comment.

Analysez les sites positionnés dans ces résultats de recherche, regardez comment ces pages répondent aux requêtes, est-ce toujours le même site qui apparait ? De quand datent les derniers articles publiés, ces différents sites sont-ils reliés les uns aux autres ?

Hiérarchisez votre liste de mots clés en fonction du nombre de recherche mensuelles en utilisant le générateur de mots clés adwords.

Ayez une idée claire des quelques mots clés sur lesquels vous souhaitez positionner votre site.

Adaptez votre production de contenus en conséquence et étudiez l’évolution de votre positionnement sur ces requêtes.

Url, titres, tags et référencement

Comme suggéré dans le dernier point, il y a une démarche d’adaptation des contenus à mener, afin que ces contenus soient le mieux lus possible par les moteurs de recherche. En gros, oubliez le .pdf (difficile à référencer et à faire circuler sur les médias sociaux) et passez au .html.

Pour cela, le nom de domaine, les url, les titres des articles et les tags attribués aux articles doivent reprendre les mots clés les plus importants de votre champ sémantique, et ce, de manière récurrente. C’est pour cette raison qu’il faut préférer des url qui comportent des mots clés plutôt que des url écrits avec des chiffres ou des suites de lettres barbares.

Les mots utilisés dans le texte des articles, les mots en gras ou en italique, ceux utilisés en texte d’ancrage des liens, les titres de vos fichiers images, les balises alt des images, les balises de description des textes et les balises de titre des pages doivent être bien renseignées et doivent finir par couvrir votre champ sémantique.

Pour en savoir plus sur ces points, vous pouvez consulter le search engine optimization starter guide de Google, en anglais, très didactique.

Liens entrant (backlinks) et liens sortant (outlinks)

Quand vous faites un lien vers un site extérieur : vous faites un lien sortant pour votre site et vous faites un lien entrant pour le site extérieur. Par exemple, le blog Histoire bénévole d’Adèle (dont je vous recommande la lecture) fait un lien sortant vers Territoires web dans son élément de colonne blog. Pour mon blog, il s’agit d’un lien entrant.

Dans les moteurs de recherche, un site est d’autant plus visible dans les premiers résultats, qu’il possède un grand nombre de liens entrant de qualité et qu’il pointe vers de sources extérieurs en affinité avec son contenu.

Si vous vous interrogez sur la manière dont google évalue l’affinité entre les sites, dîtes vous que ça passe par la densité et la réciprocité entre les liens, ainsi que par la cohérence entre les mots clés utilisés entre les deux sites.

Il y a donc une variable de quantité, le nombre de liens, et une variable de qualité, le niveau du lien. En effet, tous les liens ne se valent pas. Certains liens, parce qu’ils apparaissent sur des sites très lus, très reconnus et très appréciés de leurs visiteurs, sont bien mieux évalués que d’autres liens qui apparaissent sur des sites récents, avec peu de contenus et peu de lecteurs.

Aussi, il y a une différence entre liens structurels : ceux qui apparaissent de manière permanente sur plusieurs pages (par exemple ceux qui figurent dans les éléments de colonne d’une liste de site recommandés) et liens contextuels : ceux qui apparaissent au coeur d’un article. Les seconds sont mieux évalués que les premiers par les moteurs.

Obtenir des liens entrant de bonne qualité est donc un élément important si vous souhaitez faire venir des lecteurs sur vos pages. A vous de vous poser la question :  sur quelles pages du web, un lien vers mon site devrait apparaitre ?

Pour connaitre les liens entrant vers un site, vous pouvez utiliser la requête link:http://www.territoiresweb.com sur google, mais les résultats ne sont pas aussi exhaustifs que ceux proposés par Yahoo site explorer (ou il faut avoir un compte Yahoo pour faire la requête).

En plus, connaitre les sites des éditeurs qui font des liens vers le votre, c’est un bon moyen d’aller remercier les personnes qui vous citent et apprécient votre travail (donc, merci Adèle!).

Petite remarque sur les liens postés dans les commentaires d’un blog ou d’un article de média : ces liens sont un peu particuliers et les moteurs de recherche ne leur attribuent pas autant de valeur que les liens qui apparaissent dans un article, sur un forum de discussion ou sur twitter.

En effet, ces liens comportent un attribut no follow qui bloque les moteurs de recherche. Par contre, ils n’empêchent pas les lecteurs de cliquer et il est vivement recommandé de porter votre point de vue et votre argument parmi les commentaires d’articles qui traitent de thématiques proches des votres.

La publication de commentaires sur des sites externes

Souvent, les responsables de sites web sont obnubilés par l’objectif qui consiste à faire venir un maximum de visiteurs sur leur site. Mais avec le développement des blogs et des réseaux sociaux, cet objectif s’accompagne de celui de générer du trafic et des abonnés sur ces nouveaux points de présence : page facebook, page youtube, blog, page twitter etc. Sachant qu’in fine, cela se traduit par plus de visiteurs sur le site.

Nous venons de le voir, cela passe par la publication de liens externes qui pointent vers votre site. Cela peut s’obtenir de manière naturelle et spontanée à force de travail et de production régulière de qualité.

Alors, les autres vous identifient, ils vous citent et tissent un réseau de lien vers vos pages. Les lecteurs de ces sites deviennent alors des lecteurs potentiels de vos pages. Mais il en est de même pour vous : vous faites des liens vers les autres et vous générez des visites vers d’autres sites que le votre. Or, il arrive que cet objectif soit jugé contradictoire avec le premier : celui de toujours amener les visiteurs vers votre site.

A mon avis, c’est une erreur : lorsque je trouve un site qui me redirige vers une page de qualité que je ne connaissais pas, ce sont bien les deux sites qui vont me rester en mémoire, pas seulement le second, et je sais que je reviendrai sur le premier du fait de la pertinence de la source qu’il m’a proposé.

Cartographiez votre réseau

Il s’avère nécessaire d’identifier les sites et les éditeurs en affinités avec vos activités, vos contenus, vos problématiques et vos événements. Ces auteurs sont susceptibles de vous citer, de s’intéresser à ce que vous publiez. Les lecteurs qu’ils fédèrent sont des lecteurs potentiels de vos publications.

Vous pourriez même réfléchir à une collaboration : quelles sont les compétences et les expériences de cet éditeur ? Dans quelle mesure nous pourrions faire appel à lui pour réaliser une partie du travail que nous faisons ? Qui a l’extérieur de mon organisation est susceptible d’apporter un nouveau regard, des nouvelles personnes, de nouvelles compétences, à mes activités ?

Allez sur google.blogsearch, sur technorati (surtout anglophone), sur over-blog, sur blogger, sur wordpress, allez sur search.twitter, sur facebook et les sites de social bookmarking comme delicious ou diigo, allez sur les plateformes flick’r et youtube, et trouvez ceux qui vous citent et partagent avec vous des intentions, des valeurs, des questions, des productions qui pourraient amplifier vos propres activités et trouver un intérêt à être en relation avec vous.

Dans l’idéal, vous prendrez le temps d’étudier les relations entre les acteurs de ce réseau afin de voir qui sont les plus actifs, quels sont les projets menés, quelles sont les compétences de chacun, qui connait qui, qui travaille sur quoi… Cela permettra de mieux répondre à leurs attentes, cela alimentera et facilitera la relation.

Développez un outil de veille

Face à un grand nombre de sources d’information et des rythmes de publication élevés, il devient vite difficile de suivre ce qui se passe, de lire les articles et de ne rien rater.

Une fois que vous aurez identifié vos principales sources d’informations, je vous propose de relever leurs flux RSS et de centraliser ces flux dans un agrégateur. Ainsi, vous disposerez d’une page qui centralise plusieurs sources d’informations et vous n’aurez pas besoin de répéter vos recherches ou de vous abonner à toutes les lettres d’informations.

Les flux RSS sont des fichiers qui permettent de s’abonner et de recevoir automatiquement les dernières publications d’un site. Le flux RSS n’a d’intérêt que si des informations sont régulièrement mise à jour sur une page. Tous les sites de média proposent des flux RSS aujourd’hui.

Comme les commentaires, les flux RSS ont été généralisés grâce aux blogs. Tout blog édite un flux RSS qui permet à ses abonnés de consulter le contenu sur une autre page que le blog original. Pour cela, il faut un flux RSS, un agrégateur de flux RSS (comme Netvibes ou Google reader), un lecteur et un éditeur.

Il faut bien comprendre que cette approche permet une décentralisation des contenus qui se traduit par l’affichage simultané d’un même article (le plus souvent le titre) sur plusieurs pages du web  : plus besoin de faire venir tous les visiteurs sur les pages du site, mais plutôt, produire un contenu dont la qualité est telle que des internautes trouvent utile de proposer ces contenus à leurs lecteurs.

A la fin de l’année dernière, j’ai travaillé sur une recommandation de stratégie de communication web pour l’association Sherpa. J’ai monté la page Netvibes de Sherpa pour simplifier/accélerer leur travail de veille sur les flux financiers illicites, la corruption, les crimes économiques et les campagnes qu’ils mènent sur les biens mal acquis/Socapalm au Cameroun.

Si vous faites un tour sur leur site, vous verrez que Sherpa propose à ses lecteurs sa page de veille. Pour ceux qui se poseraient la question, je recommande vivement de proposer votre veille et vos sources d’informations à vos lecteurs. Si vous montez une page Netvibes ou Google reader, proposez la aux autres, ça peut leur servir et leur éviter de refaire le travail, et ils pourraient même en parler à des personnes que cela intéresserait.

Pour Sherpa, j’ai fait un petit tutoriel pour faciliter la prise en main de Netvibes, le voici :

Et puis j’ai retrouvé cette présentation, plus utile pour comprendre le principe de Netvibes, que pour l’utiliser.

Obtenir des flux RSS

Comme mentionné plus haut, tous les blogs et tous les sites médias sont éditeurs de flux RSS. A vous de les trouver sachant que le navigateur Firefox vous propose automatiquement à droite dans la barre d’adresse l’icone des flux RSS qu’il trouve sur le site que vous visitez.

Sur les pages d’accueil chargée de contenus, vous pouvez faire Ctrl A puis Ctrl F dans une page pour trouver le lien vers le flux RSS, s’il est écrit en texte dans la page. Sinon, cherchez ce logo :

Vous devriez donc aller chercher les flux RSS de vos blogs et médias favoris, mais il y a d’autres sources de flux intéressantes. En voici quelques unes.

  • Google actualités : faites une recherche sur vos mots clés, allez en bas de la page, cliquez sur RSS et collez cette adresse dans votre agrégateur de flux.
  • Idem pour google blog search.
  • Visitez search.twitter, faites une requêtes, en haut à droite vous avez le flux de votre recherche. Sur twitter également, chaque utilisateur génère un flux RSS, vous pouvez donc recevoir les tweets d’un utilisateur dans netvibes.
  • Les sites de social bookmarking émettent également des flux : delicious vous livre un flux sur un mot clé, sur un utilisateur, sur une recherche, vous avez le choix.
  • Dailymotion, youtube et flick’r émettent des flux RSS.
  • Boardreader est intéressant car il permet de générer des flux RSS à partir de recherche dans les discussions sur les forums.

J’avais monté une page de veille pour Action contre la faim (mais là, on ne m’avait rien demandé 😉

Ca donne une idée du résultat.

Si vous avez encore de l’énergie pour des questions, des remarques, des idées ou des liens et je vous remercie d’avance. Je rédigerai un prochain billet sur twitter et facebook et je vous proposerai également la présentation réalisée sur le rôle de facebook et twitter dans les révolutions arabes et tunisiennes.

Autres présentation sur ce sujet : Internet au service des associations

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